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Le marché de l'électricité en Europe et dans le monde : explications et prix

Réformes, unification, interconnexions, le marché européen de l'électricité se construit depuis les années 1990. Les Etats membres se sont engagés dans un processus de libéralisation et de convergence de leur marché électrique selon un processus similaire. L'objectif est la construction d'un marché unique de l'électricité, plus adapté à un mix énergétique tourné vers les énergies renouvelables (éolien, solaire) et favorisant le consommateur (fin des monopoles à structure de coût élevée). Le prix de l'électricité varie lui considérablement d'un Etat à l'autre. Entre deux pays proches comme la France et l'Allemagne, la différence des prix de détail est de plus de 50%. Toutefois, l'ouverture des marchés de l'électricité tend à faire converger les prix de marché de l'électricité.

Le marché européen de l'électricité

L'électricité dans l'UE

Le méthode européenne de libéralisation

La fin de monopoles verticalement intégrés

Les marchés locaux étaient jusqu'aux libéralisation constitués de monopoles locaux : EDF en France, EnBW en Baden-Wurttemberg, ENEL en Italie, Endesa en Castille... Ces entreprises contrôlaient la production (centrales), le transport (lignes haute tension), la distribution (lignes MT BT et compteurs) et la fourniture d'électricité.

Séparation des activités

La libéralisation commence par la séparation des activités des opérateurs historiques:

  • La production est d'abord ouverte à la concurrence
  • Le transport et la distribution sont séparés juridiquement et conservent un monopole "naturel", chargé de mettre à disposition sans discrimination les réseaux publics aux différents fournisseurs
  • La fourniture est ensuite progressivement ouverte à la concurrence.

Ouverture progressive à la concurrence de la fourniture

L'activité de fourniture d'électricité est progressivement ouverte à la concurrence: 

  • D'abord la fourniture aux très gros consommateurs, raccordés directement au réseau haute-tension
  • Puis la fourniture aux entreprises
  • Enfin la fourniture d'électricité aux clients résidentiels

Au 1er janvier 2014, la libéralisation totale est réalisée dans toute l'Europe occidentale, mais la persistance de tarifs réglementés (France, Espagne, Italie) limite encore la concurrence.

Le développement des énergies renouvelables en Europe

Les Etats européens se sont fixés un objectif commun de 20% d'énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2020. Certains Etats, comme l'Italie (30%) sont en avance, d'autres, comme la France, sont à la traîne.

Vers la création d’un marché unique de l’électricité

Avec le traité de Maastricht de 1992, la Communauté Européenne marque une nouvelle étape en renforçant l’intégration à travers la création d’un marché unique sans frontières. Cette mesure cruciale sur le plan économique et politique ne concernait cependant pas le secteur européen de l’énergie. 
Considéré toutefois comme un levier essenciel pour renforcer tant la compétitive économique comme la sécurité d’approvisionnement, la création d’un marché unique de l’électricité fit l’objet de plusieurs directives adoptées par le parlement et le Conseil Européen (respectivement les directives de 1996, 2003, 2007,2012). Afin d’atteindre cet objectif, l’accent fut mis sur l’ouverture progressive à la concurrence au sein de chaque Etat membre comme nous venons de le voir, sur la création de règles et d’infrastructures (autorités de régulation, bourses européennes) pour faciliter et promouvoir les échanges transfrontaliers d’énergie et sur la restructuration de fond de l’organisation du secteur de l’électricité. 

Les infrastructures régulatrices du marché 

La création d’organes de régulation au sein de chaque Etat membre avait pour objectif d’assurer la concurrence effective et l’existence d’un mécanisme d’accès au réseau d’électricité. Le dernier point, empêche les gestionnaires de réseau d’agir de façon discriminatoire à travers la mise en place de conditions d’accès pour les tiers au réseau de distribution d’électricité : l’accès réglementé et l’accès négocié. L’accès est « réglementé » lorsque l’autorité régulatrice fixe des tarifs réglementés pour l’accès aux réseaux pour les tiers. Ces prix fixes garantissent l’accès à tous les concurrents aux réseaux et permettent aux entreprises de planifier leurs achats futurs. L’accès est « négocié » lorsque ce sont les gestionnaires de réseaux qui présentent leurs fourchettes de prix et par la suite l’autorité régulatrice les valide. 

A l’heure actuelle tous les membres ont choisi la première méthode, à l’exception de l’Allemagne. En France, par exemple, ont été mise en place les tarifs d’utilisations des réseaux publics d’électricité (TURPE) en 2000 pour rémunérer les gestionnaires de réseau de transport et de distribution (respectivement RTE et ENEDIS, deux entreprises intégrées anciennement a l’opérateur historique avant la séparation des fonctions) afin de financer et permettre l’accès transparent et non discriminatoire à tous les fournisseurs du marché. Les tarifs d’accès aux réseaux sont élaborés par l’autorité régulatrice française : la Commission de Régulation de l’Energie (CRE) et sont ensuite transmis aux ministres chargés de l’économie et de l’énergie pour publication dans le Journal Officiel. 

D’ailleurs la Commission Européenne propose actuellement de modifier les directives et de ne retenir que l’accès aux tarifs réglementés. 

Pour assurer, le bon déroulement des échanges entre producteurs et fournisseurs, plusieurs bourses européennes (+) ont été créées pour réguler le marché: Nord Pool en Scandinavie, European Energy Exchange (EEX) en Allemagne, Powernext en France. En 2008, ces deux dernières sociétés ont fusionné pour créer EPEX SPOT ou European Power Exchange et gèrent actuellement les négociations entre producteurs et fournisseurs en France, Allemagne/Autriche (les deux pays formant une zone de prix unique) et la Suisse. L’augmentation significative des volumes d’échange sur les marchés de EPEX (plus de 346 TWh sur les marchés intraday et day ahead en 2013) met en avant la nécessité de poursuivre dans la construction d’infrastructures transfrontalières pour une meilleur intégration du marché. 

Les interconnexions dans l'UE

On appelle interconnexion la jonction entre deux réseaux électriques. Les interconnexions permettent l'échange d'électricité entre les périmètres de deux marchés. En France, les interconnexions sont gérées par RTE. De même, en Europe, la plupart sont gérées par les gestionnaires des réseaux de transport.

Selon RTE, il faudrait deux EPR (3000 MW) de plus pour assurer l'appoint électrique en France en l'absence d'interconnexions!

Listes des interconnexions européennes

Interconnexions électriques en Europe (MW)
Exportateur Importateur Capacité d'échange moyenne
France Royaume-Uni 1300
France Belgique 2900
France Allemagne 1800
France Suisse 3100
France Italie 1900
France Espagne 1000
Royaume-Uni France 1200
Belgique France 1400
Allemagne France 2400
Suisse France 1100
Italie France 1000
Espagne France 900

La France, exportatrice nette d'électricité

Echanges contractuels d'électricité 2016

En 2016, la France est exportatrice d'électricité. La carte ci-dessus, éditée par RTE, présente les échanges contractuels (et non physiques) entre la France et ses voisins en 2016. Seule l'Allemagne a un solde exportateur envers la France.

La France est historiquement un gros exportateur d'électricité. Le pays, sillonné par de nombreux fleuves et couverts de centrales nucléaires en bon état, est en mesure d'exporter plusieurs dizaines de TWh vers ses voisins européens depuis plusieurs décennies.

Echanges d'électricité entre la France et ses voisins en 2016
Pays Exportations Importations Total
Royaume-Uni 12,7 2,7 10
Central West Europe 10,6 15,9 -5,3
Suisse 17,4 7,3 10,1
Italie 17,7 1,2 16,5
Espagne 13,3 5,5 7,8

En 2012, la France a exporté 71,7 TWh. Le solde est positif par rapport à tous les voisins, sauf, de manière exceptionnelle, à l'Allemagne.

Les interconnexions, moteur d'un marché intérieur concurrentiel

Les liaisons électriques entre pays permettent le développement de la concurrence sur les marchés européens. Les parcs de production du nord de l'Europe, fortement renouvelables (hydro et éolien) sont complémentaires de ceux du sud (thermiques).

Le développement des interconnexions est un point crucial, notamment pour l'amélioration de l'intégration des marchés nationaux. Des projets d'ajout de capacités sont en cours à l'horizon 2020 avec la Grande-Bretagne, l'Espagne et la Suisse.

Le prix de l'électricité en Europe

 

Source : Eurostat, prix du kWh TTC au 1er semestre 2013 pour une client résidentiel consommant entre 2500 et 5000 kWh/an.

Statistiques sur le marché européen de l'électricité

Classement des fournisseurs d'électricité en Europe

Classement des fournisseurs européens
  CA 2016 Nombre de clients Capacités de production 2012 Salariés
EDF 75 milliards d'euros 38,5 millions 139,5 GW 159112
Engie 66,6 milliards d'euros   116 GW 153090
E-ON 132 milliards d'euros   67,7 GW 72083
Iberdrola 31,4 milliards d'euros 31,89 millions 44,866 GW 28836
Endesa (appartient à 92% à ENEL) 10,3 milliards d'euros 25,43 millions 22,03 GW 22807
Enel 68,6 milliards d'euros 31,2 millions 98 GW 62000

Production et consommation d'électricité en Europe en 2016

Production et consommation d'électricité en Europe en 2016
Pays Production (TWh) Consommation en 2014 (TWh)
France 556,2 460,2
Allemagne 649,1 569,7
Royaume-Uni 339,4 331,4
Italie 289,8 304,1
Espagne 274,8 248,9
Belgique 85,5 (zone Elia) 86,4 (zone Elia)
Pologne 166,6 151

Prix du kWh d'électricité au tarif réglementé

L'électricité dans le monde

On peut également s'intéresser aux marchés de l'électricité en dehors de l'Europe même si cela nous concerne moins puisque nous avons peu de liens en terme d'énergie avec des pays comme le Japon, les États-Unis, le Canada et dans une moindre mesure, le Maghreb.

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